La transat sur Queen Mary 2

Publié par | 20/05/2008

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Actus croisières

7 jours de rêve dans la fascination de l’océan

Le plus exclusif des voyages

En jonglant avec les îles, les scots et les gaëls atteignirent les bords du Saint-Laurent avant le Xe siècle. Aujourd’hui, la route maritime des liners qui traversent l’Atlantique rejoint New-York à l’Europe. Celle-ci n’a pas varié depuis l’époque où la Compagnie Transatlantique et la Cunard se disputaient le Ruban Bleu. C’est en naviguant sur le grand océan que l’on prend la mesure des distances terrestres.

Le Queen Mary 2 est le seul paquebot à effectuer une liaison régulière entre les USA et l’Europe. Le plus grand navire du monde et l’un des plus beaux, met un peu plus de 6 jours pour accomplir cette traversée à la vitesse moyenne de 24 noeuds soit 40kms à l’heure. Mythique et glamour, il est dans la tradition des paquebots d’autrefois.

Arriver à New York par la mer est un spectacle unique auquel il faut assister au moins une fois dans sa vie. On suit longtemps la côte et déjà l’imaginaire de cette ville vous envahit. Passés Coney Island et l’impressionnant pont de fer qui a déterminé la hauteur de la cheminée du Queen, la statue de la Liberté apparaît comme un signal. Son visage paisible et ce flambeau pointé vers le ciel ont fait rêver tant d’hommes et chavirer tant d’âmes.

Moment émouvant qui dévoile Manhattan comme une promesse

Le départ est tout aussi prenant. Amarré en aval du pont de Brooklyn au pier 4, on a tout loisir pendant l’embarquement d’admirer les vieux gratte-ciel de la cité. C’est Scott Fitzgerald qui s’en va pour découvrir l’Europe. Sur la plage arrière, champagne, airs de jazz 1930, années folles, voix de Sinatra, New York, New York…

Comptez 1254 membres d’équipage pour 2620 passagers. Les 14 ponts offrent un ensemble d’équipements et de services uniques. On se disperse agréablement au gré des multiples attraits de la vie à bord dans une convivialité toute britannique. Ni foule, ni gêne, ni bruit, chacun vaque avec facilité respirant avec plaisir ce style british of life inimitable. Va-t-on rencontrer Donald Trump ou Mary Higgins Clark incognito… ?

On ne s’ennuie pas sur le Queen Mary 2

La transat ne comporte pas d’escales, mais les distractions sont si nombreuses. Et puis, un navire, c’est une pulsation, et dans le silence de la mer, elle est semblable à un battement de coeur, à un danseur qui vous emporte dans une valse lente alors que la mélodie se perd un peu sur les flots. La mer peut être rough, rien ne bouge, tout est calme. Elle peut être light.

Quand le soleil brille, l’Atlantique devient d’un bleu intense. Dans les coursives intérieures, des coins poufs se lovent devant les hublots qui sont de grandes verrières. On lit un roman de Paul Austin sur fond de vagues. Dans ce désert immense et monotone, pas un cargo, pas même un poisson-chat, à la rigueur une baleine… Rien dans ces jours d’océan, dans cette houle grise, mouvante et nue qui se confond avec le ciel et l’horizon. La mer, toujours recommencée.

Les cabines loggia ont une porte vitrée donnant sur un balcon, elles se révèlent en beige doré qui apporte lumière et douceur. Crémant d’Alsace, chocolats, chaussons, service 24h sur 24. On change 3 fois par jour l’assortiment des salles de bain. Les suites avec terrasse s’offrent en luxe 5*, salle à manger, bar, salon, lit king-size en damas, salle de bain baignoire. Un butler et un concierge sont à votre disposition à chaque instant. Rafraîchissements, cocktails, champagne, petits fours, fleurs fraîches, chocolat. Les cabines et les suites possèdent un équipement complet de téléphone satellite, TV couleur, DVD, ordinateur, avec code personnel pour chaque installation.

En bout de coursive, sur le pont des suites, le Commodore Club, des fauteuils en noir et blanc, d’une profondeur moelleuse et orientés vers des hublots longiformes dont l’encadrement évoquerait ceux du Nautilus. On plonge dans la mer. Piano blues, luxe et volupté. On y organise des dégustations de old whiskies. Voisin, le Churchill, un lounge confortable voué à la dévotion du havane tandis que veillent dans les vitrines les flacons de vins fins.

Dans les allées de marbre et de tapis feutrés, bordées de fresques, autour du Grand Lobby, un atrium s’évase vers les étages entouré d’ascenseurs bulles, c’est la 5e Avenue, Bond Street et Mayfair où Hermès et Stern voisinent avec Harrod’s. Ces 2ème et 3ème étages s’ouvrent en un lieu de rendez-vous souvent bercé de musique qui s’échappe des bars, cernés par le restaurant Britannia et le Queens Room. Les bars ont chacun leur label. Chart Room pour votre drink favori. Golden Lion Pub, ambiance anglaise. Au Sir Samuel, fondateur de la Cunard, on y savoure d’excellents expressos et le soir des vins choisis. Bar Champagne à la gloire de Veuve Clicquot.

Winter Garden au 7e étage se veut le modèle du fameux UK Kew Garden. Pavillon et Regatta se gardent pour les assoiffés de piscines. G32 reste la discothèque. Quand vient le soir, la musique envahit ce décor somptueux, ces havres d’élégance, music, music, mais la mer est toujours présente dans ces hublots qui la retiennent prisonnière. Parlons saveurs. La brigade de la restauration se compose de 150 chefs sous la direction de Jean-Marie Zimmermann, un alsacien né à Strasbourg. Ainsi, sur ce steamer si typiquement anglais, on a voulu donner une place d’honneur à la cuisine française teintée d’ailleurs. Ce chef a le plaisir d’offrir une cuisine raffinée et créative toujours proche des produits frais. Sa cuisine délicieuse ravit le palais d’une trentaine de nationalités. Poitrine de canard marinée sauce aux prunes et soja doux, poulet farci au potiron sauce curry, loup de mer rôti à la crème de truffe…

Les restaurants deviennent des espaces charmants, intimes, romantiques. Kings Court est dévolu au breakfast, mais le soir, la Piazza annonce ses spécialités italiennes, le Lotus ses excellents poissons et son charme venu d’Orient, The Carvery, ses rôtis. Au Chef’s Galley, on prépare les plats devant vous.

Golden Lion s’avère typiquement outre-manche, Sir Samuel pense à vous pour des repas légers, Princess Grill et Queens Grill sont réservés aux suites. Le Todd English demeure la table gastronomique. Queens Room est à la gloire du tea-time dansant. Le Britannia représente l’apothéose d’un restaurant de paquebot, avec ses colonnes qui aspirent les étages, une voûte en verrière, une immense tapisserie, 3 niveaux assurés par un escalier de majesté. Bien sûr, les repas s’accompagnent de musique.

Côté sports, les 5 piscines assorties de leurs nombreux jacuzzis vous attendent, les 2 tennis, le practice de golf, le fitness club, les cours de gym, et le deck qui reste pour les sportifs une piste d’endurance dans le grand vent du large.

Le Canyon Ranch Spa Club s’inspire des Health Resorts Canyon Ranch de Tucson en Arizona et de Lenox dans le Massachusetts fondés dans une opulence fastueuse sur un style de vie écologique. Le Spa Club propose des massages thaïs et indiens, des soins du visage et du corps. (un massage 135 €).

La vie à bord est un monde que l’on maîtrise aisément et avec plaisir. Le Daily Programme vous propose un choix de distractions qui vous laisseront perplexes. Concerts, solistes, piano et harpe, musique de chambre, quatuor à cordes, chanteurs, danseurs et animations du Royal Cunard Orchestre, galerie d’art, vente aux enchères, présentation de bijoux, conférences, dégustations, coins d’intérêt nombreux, cinéma, Théâtre Royal Court, casino, dancing, club pour enfants, sans compter le cocktail du commandant, les offices religieux et la réunion pour passagers voyageant seuls proposée dès le premier jour.

Les jeux de société sont installés sur des tables à 3 places plaquées contre les baies des coursives intérieures, près des flots, excellent pour la méditation stratégique. Cours de bridge, de théâtre, d’informatique, ateliers de peintures et de créations artistiques, leçons de danse, leçons de gambling, concours, compétitions, bibliothèque avec écran multimédia. La langue officielle à bord est bien sûr l’anglais, mais les journaux et les menus sont traduits en français. De plus, nos compatriotes ont l’avantage de bénéficier des services d’une charmante hôtesse française qui organise des réunions pratiques et propose même un déjeuner francophone.

Lorsque l’on voyage sur la Cunard, on ne peut rester insensible au rituel inspiré des coutumes nautiques et d’un style de vie auquel nos voisins d’outre-manche demeurent très attachés. A midi, un officier en grande tenue vient frapper la cloche installée dans le Grand Lobby pour annoncer l’heure, souvenir d’une tradition très ancrée de la marine à voiles. Quand le ciel et l’océan se fondent dans une opacité floconneuse, la corne de brume, chaleureuse et vibrante, envahit la passerelle. La corne de brume demeure le lien de coeur qui unit tous les marins du monde. L’élégance est de bon ton, le Daily Programme n’oublie pas de vous recommander le code vestimentaire du jour pour vous conformer aux normes qui ont toujours prévalu sur les navires de Sa Majesté et plus encore sur les liners de la Compagnie. Le formal est la tenue de soirée indispensable pour les deux soirées gala, le semi-formal, la tenue de soirée et l’élégant casual, l’allure cocktail ou de tenue de ville.

L’après-midi voit son apothéose dans le tea-time dansant du Queens Room. Le fameux White Star Service, synonyme de perfection, est une véritable symphonie qui voit les serveurs en gants blancs proposer thé, sandwichs, dont les fameux sandwichs au concombre, gâteaux, cakes et scones sous les portraits de la cour d’Angleterre et dans les airs de jazz entraînant de la Royal Cunard.

La ligne de l’Atlantique nord trace une courbe pour unir deux continents. Quand le Queen Mary 2 quitte Southampton, c’est pour croiser l’île de Wright, longer Portland à 17 miles et saluer l’Angleterre à Lizard Point, Land’s End, l’extrême ouest, mais plus encore à Bishop Rocks. Le paquebot navigue encore dans les eaux celtiques. Son adieu à l’Europe se fait au large de l’Irlande, à 400 miles nautiques de Fastnet Rock, quand les dernières mouettes et quelques sterns viennent survoler le Queen. Après, c’est l’immense océan. L‘approche américaine se fait au niveau de Terre-Neuve et de la Nouvelle-Ecosse.

Une histoire d’eau

Voici plus de 165 ans, Samuel Cunard postulait auprès des lords de l’Amirauté l’adjudication de la nouvelle ligne postale entre l’Angleterre et les Etats-Unis au moyen de machines à vapeur.

Samuel Cunard, né en 1787 à Halifax, pensait-il que sa compagnie serait encore de nos jours une des toutes premières sur le marché de la croisière et aussi la dernière compagnie maritime à assurer la ligne transatlantique. Son premier grand navire Britannia quitte Liverpool le 4 juillet 1840 à destination d’Halifax et de Boston avec, à son bord, 63 passagers dont lui-même et sa fille. C’était un trois-mâts fixe mû par deux roues à aube qui lui assurait une vitesse de plus de 8 noeuds Il atteignit Boston en 14 jours. Il sera suivi de 3 navires identiques. Dès les premières années du XIXe siècle, la réputation de la Cunard s’établit définitivement. La meilleure publicité que l’on put faire à cette compagnie fut les premières lignes écrites par Jules Verne dans son livre 20 mille lieues sous les mers édité en 1869. Nulle entreprise de navigation transocéanique n’a été conduite avec plus d’habileté, nulle affaire n’a été couronnée avec plus de succès. La Cunard remporta le Ruban Bleu avec le célèbre navire Mauretania de 1907 à 1929. A propos du Queen Mary et du Queen Elizabeth, Winston Churchill a pu dire que grâce à ces deux navires, la guerre avait été écourtée d’une année. Ces deux navires transportèrent en toute sécurité pendant le conflit 1,6 million de soldats. Le Queen Mary 2 a été construit en France par les Chantiers de l’Atlantique.

Avec l’aimable autorisation de Madame Madi Testard
Journaliste et Rédactrice en Chef
Article paru en mai 2008 – Journal du Parlement

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